mercredi 18 mars 2009

La Vague (Todd Strasser)



Une tempête dans un verre d’eau

 

Relatant une expérience menée en 1969 par Ron Jones, un professeur d’histoire contemporaine au lycée Cubberley de Palo Alto (Californie), La Vague jouit depuis sa première parution en 1981 aux Etats-Unis d’un succès d’estime pour le moins étonnant si l’on en juge par les nombreuses zones d’ombre du récit, les suspicions entourant la véracité de certains faits rapportés, le manque de fiabilité des rares informations factuelles données dans le texte (le nombre de victimes dans les camps d’extermination et de concentration est erroné. On ne peut que déplorer à ce propos que l’éditeur n’ait pas jugé bon de le mentionner en note de bas de page), les témoignages labiles et contradictoires des principaux témoins et, plus grave de notre point de vue, la faiblesse insigne du texte.

Disons-le sans détour, le roman ne présente aucun intérêt sur le plan littéraire : platitude du style, saynètes inconsistantes mettant en scène des adolescents sans épaisseur, situations insuffisamment fouillées et travaillées pour emporter l’adhésion de tout lecteur désireux de comprendre les mécanismes psychologiques ayant conduit des élèves de première à adhérer aussi facilement à un projet pédagogique calqué sur le modèle d’endoctrinement des Jeunesses hitlériennes. Rapidement dépassé par l’ampleur du mouvement et les actes répréhensibles commis en son nom, le prosélytisme de ses partisans, la dérive sectaire et l’obtuse stupidité d’étudiants transformés en suiveurs fanatisés et décérébrés, Ron Jones n’aura d’autre choix que de se soumettre à la raison après avoir quelques jours caressé des rêves de grandeur et de contrôle des esprits, au mépris de ses propres convictions.




En ne parvenant pas à convoquer les fantômes du Troisième Reich au chevet des passions et de la folie ordinaire de ses personnages, le livre de Todd Strasser échoue à lever un coin du voile sur un phénomène éminemment complexe et délicat à appréhender, nécessitant une connaissance approfondie des processus pouvant amener un individu à se faire le meilleur avocat d’une propagande le privant de ses libertés.

« Tout était planifié en détail, nous devions juste faire comme il nous disait et il n’y aurait aucun problème ».

« Tout était si soudain, si libérateur, irréel et instantané, comme dans un de ces rêves flottants qu’on peut faire au cours d’un bref assoupissement en pleine journée ».

« On est prêt, tout à fait prêt, on ne pense à rien d’autre, à l’intérieur de soi on est si vide, si nettoyé. On a atteint ce point en prévision duquel on s’est laissé ressourcer, prisonnier de sa bêtise et de sa confusion, de son appréhension et de sa teneur. On ne pense qu’à cette seule et unique chose. Un ordre, et ce qu’on fera ensuite sans hésitation. Tout ça fonctionne si parfaitement ».


Recto


Ces citations sont extraites du roman de Jens-Martin Eriksen, Anatomie du bourreau (Editions Métailié, 2001), décrivant de manière clinique la lente déconstruction psychique et l’effrayante docilité d’un milicien enrôlé de force, magistral contrepoint à l’étude référence de Christopher Browning, Des hommes ordinaires (Ed. Belles Lettres, 1994) sur les exactions des Einsatzgruppen en Pologne entre juillet 42 et novembre 43. Joignant la rigueur au talent d’écriture, destinés à des lecteurs exigeants se détournant des artifices narratifs comme des portraits de groupe simplistes, ces deux livres, incontournables pour comprendre les racines de l’obéissance à l’autorité, les stratégies de dissimulation et de mensonge à soi-même employés par des individus placés dans des situations extrêmes, devraient figurer en bonne place, au milieu des classiques sur le sujet, dans les bibliothèques idéales.


Recto


« Quand on ne prend pas l’histoire au sérieux, on ne se soucie pas de la différence entre jeu et réalité » disait Ruth Klüger dans Refus de témoigner (Viviane Hamy, 1997). Ron Jones aurait dû s’en souvenir. Todd Strasser aussi, en s’emparant de son histoire. Après lecture, La Vague s’est retirée en laissant derrière elle un goût amer et un doute tenace. Serait-il donc si facile de séduire un million et demi de lecteurs rien qu’en Europe ?

 

NDLR : La Vague a été adaptée sur les écrans par Dennis Gansel (actuellement au cinéma). Son action se déroule dans un collège en Allemagne de nos jours.

 

Todd Strasser, La Vague, Jean-Claude Gawsewitch Editeur (rééd. Pocket).

 

Parution L'Hebdoscope du 25/03.

samedi 14 mars 2009

Extrait de NEVROPOLIS

Le sol avait tremblé. Un grondement sourd. Tous les objets avaient été pris de soubresauts épileptiques, les ampoules avaient balbutié. Son poste de télévision avait eu un haut-le-cœur puis s’était calmé. Des cris. Et puis plus rien. Le silence. Lorsqu’il avait enfin descendu les marches du perron le cœur empli de l’espoir fou qu’un nouveau Welles se cachait derrière un scénario aussi invraisemblable, les cendres floconneuses des corps calcinés et des matériaux de construction flottaient déjà dans l’atmosphère, comme si dieu avait subitement décidé d’un arrêt sur images pour prendre la mesure de la catastrophe. Elles couvraient chaque centimètre carré d’asphalte jusqu’à combler en quelques minutes les traces de pas laissées par les personnes en fuite courant en tout sens. La ville n’était qu’une énorme caisse de résonance où les sirènes concertaient en hurlant de terreur à la place des morts. Il marcha de longues heures, sonné, se répétant “c’est la fin…nous allons tous y rester”, laissant derrière lui un immense dais de poussière ensevelir Manhattan.




La plaie, longtemps suppurante, avait depuis été cautérisée par des mots n’ayant même pas le mérite d’être consolateurs. Les basses œuvres du Léviathan avaient tôt fait de transformer les élans compassionnels en courses-poursuites télégéniques dans les déserts afghans et irakiens. L’air était à nouveau pollué à l’entour comme dans n’importe quel autre quartier et un édifice aux formes alambiquées avait pris la place des défuntes sans pour autant parvenir à effacer leur mémoire dans le cœur des New-yorkais.

 

Curieusement, les silhouettes grisâtres et pantelantes croisées ce matin-là n’apparaissaient pas dans sa peinture. Il leur refusait l’hospitalité avec un entêtement pouvant passer pour de l’indifférence. Les yeux larmoyants de ces survivants de l’apocalypse, aveuglés par les particules en suspension, obsédaient ses nuits : il les voyait déferler dans les artères de la ville, en infecter la plus petite parcelle avant de contaminer bientôt tous les habitants, réveillant en eux les vieux démons blottis jusque-là dans l’obscurité de leur conscience. Couverte d’un manteau tombal, la ville n’était plus alors parcourue que par des revenants surgis d’une guerre d’autrefois.

 



Les articles des journaux qu’il parcourait nonchalamment rivalisaient de figures de style et d’effets rhétoriques pour tenter, avec plus ou moins de bonheur, d’en restituer l’atmosphère : par des petites phrases bien tournées, quelques plumes de talent réécrivaient le destin d’inconnus passés à la postérité. Son esprit déborda bientôt des souvenirs entremêlés et confus des témoins, des voix entrechoquées des victimes sur les répondeurs de leurs proches, de ces visions d’Icare désespérés se jetant dans le vide et se fracassant au sol, de tous ces mouchoirs s’agitant comme des papillons aux fenêtres des deux Babel de verre. Il se souvint, comme s’ils lui avaient été soufflés le matin même, des mots de la présentatrice d’une émission en cours : “Nous interrompons nos programmes pour nous rendre immédiatement à New York où un terrible accident s’est produit il y a quelques minutes. Un avion de la compagnie American Airlines s’est écrasé sur l’une des tours jumelles du World Trade Center faisant selon toute vraisemblance de très nombreuses victimes parmi ses occupants. Le feu semble, aux dires des premiers témoignages qui ont été recueillis sur place, s’être très rapidement propagé aux étages inférieurs rendant difficile le travail des secours…”.




Nathan se disait parfois qu’il aurait mieux valu qu’il s’agît là de faits contingents, improbables, d’accidents concomitants, de concours de circonstances, de tout sauf d’un plan raisonné de destruction du plus grand nombre de victimes possibles. Que l’informatique, un aiguilleur du ciel dépressif, des pilotes suicidaires en fussent à l’origine. Que toutes ces personnes fussent mortes par une négligence coupable, le plus inutilement du monde pour ne pas servir l’Histoire et ses campagnes militaires. Les équipes de déblaiement avaient retrouvé tant de morceaux de chair, de résidus de membres disloqués qu’il aurait été possible de reconstituer une armée entière de créatures assoiffées de vengeance. On dit tant de choses. Des légendes s’écrivaient déjà sur les cendres encore fumantes.

 


Viendrait le temps où un individu en mal de célébrité oserait émettre un doute sur le nombre d’êtres humains effectivement présents au moment de la chute des tours. Un jour trois mille, un autre mille cinq cents puis quelques dizaines de traînards à s’être laissés prendre au piège. Les idiots !… Dans quelques générations, des défilés s’organiseraient encore en mémoire des victimes. Dans le sillage des pompiers en tête de cortège, les orchestres égailleraient la ville aux sons des tambours et des trompettes ; des frémissements parcourraient la foule au moment de la rediffusion sur grands écrans de la chute des tours, des marchands de souvenirs proposeraient pour quelques dollars des fragments de modernité concassés. Grâce aux médias, chacun pourrait en temps réel, comme pour la messe dominicale, partager ces moments de liesse populaire, mêler le son de sa voix aux chants entonnés à tue-tête par les New-yorkais. Il faudrait en être, voir “ça” un jour, comme le carnaval de Rio ou une cérémonie d’ouverture des Jeux. Ceux assis devant leurs téléviseurs auraient une pensée émue pour les victimes innocentes entre deux publicités, préférant oublier qu’au même moment, au-delà des murs de leurs maisons, du coin de leurs rues à l’autre bout de la planète, des êtres verraient le cours de leur vie interrompu par la main de la Bête dans la plus grande indifférence.

 



Quels avaient été les derniers mots à avoir fleuri dans les têtes de tous ces oiseaux sans ailes au moment où les tonnerres d’applaudissements et les hourras des fanatiques accompagnaient leur chute ?

Nathan les avait imaginés et s’était mis à les écrire, puis s’était dit qu’il ne fallait pas jouer avec ça. Pas encore. “Un autre n’a qu’à le faire” : fi des fictions et des destins romanesques !

Quelle perte véritable l’humanité avait-elle eu à subir ? Combien de génies en herbe, de Prix Nobel en culottes courtes, de psychopathes (on est aux Etats-Unis quand même !), de futurs pilotes de ChampCar, de collaboratrices diligentes de futurs présidents fumeurs de cigares ?

Nathan avait noirci comme tant d’autres les registres de condoléances disséminés dans la ville, il avait apposé sa signature sur les murs au milieu des graffitis, des cœurs brisés, des déclarations d’amour aux victimes, à la liberté, à tous les mensonges sur la grandeur de l’Amérique…

Souvent, Nathan croisait des êtres désincarnés, des regards absents assurant l’essentiel pour ne pas avoir en plus à s’excuser auprès des autres vivants de manquer aux devoirs de politesse élémentaire. Il se demandait ce qu’il aurait dû ressentir, s’il devait continuer à pleurer chaque jour les disparus ou les laisser s’en aller sans s’encombrer l’esprit de guimauves sonnant faux à force d’être ressassées. Il rêvait d’un monde sans violence, sans ketchup sur les frites, sans CIA, sans Texans, sans religions, sans zonards, sans compagnies pétrolières, sans voisins.

 



Même le vieux Min avait perdu son sourire figé légendaire, son humour dardant les clients pressés. Ses laps de bœuf n’avaient plus leur arrière-goût suave qui faisait se hâter le quartier à sa porte. Mohammed avait débaptisé son épicerie de peur que dans la confusion la bêtise ne fît croupir sa carcasse de New-yorkais pure souche dans les eaux glacées de l’Hudson. Des connaissances saluaient Nathan depuis la planète où ils avaient trouvé refuge : il ne lui était désormais plus possible de voir le monde avec leurs yeux, ni de se reconnaître dans l’image de lui-même qu’ils lui renvoyaient. Les rues bruissaient à nouveau de querelles ancestrales, de conversations insignifiantes et de bousculades d’aveugles.


Tableaux "New York" de Tony Soulié


Névropolis, Editions Bénévent, pp.91-95.

jeudi 5 mars 2009

De la lecture et de ses nombreux avatars...


Quarante années de réforme institutionnelle et d’ouverture plus ou moins heureuse à la modernité culturelle, de refonte permanente des programmes, de pédagogisme et de massification ont eu raison des plus ardents défenseurs de l’égalitarisme scolaire. L’école républicaine, qui tirait gloriole de la figure en majesté du maître, homme de grande culture recruté au terme d’un concours difficile, trônant devant un parterre d’élèves en uniforme buvant religieusement ses paroles, a vécu. Désormais, les beaux discours sur cet âge doré s’égrènent, tout emplis de nostalgie, parfois sur les lèvres de ceux qui n’ont pas eu l’insigne honneur de fréquenter ses bancs ou connu la joie d’essuyer un jour une plume Sergent Major sur un buvard. Les images associées à l’école d’antan ont la vie dure et le prestige dont elle est auréolée n’est pas, il faut le reconnaître, par certains côtés sans fondement.


La France en a désormais pris l’habitude. Les rentrées se succèdent avec en filigrane leurs cortèges d’effets d’annonces, de projets mort-nés, de déclarations d’intention, de constats catastrophistes sur la baisse du niveau de connaissances et de compétences des élèves, de défilés plus ou moins téléguidés par des syndicats aux aguets et un corps enseignant contesté par des jeunes pour qui l’utilité sociale des études est plus que jamais incertaine. Le malaise est si profond que toutes les mesures, aussi judicieuses soient-elles, paraissent inadaptées, insuffisantes, homéopathiques au regard de la vocation d’origine assignée à l’école : favoriser l’égalité des chances en dépit du jeu des hiérarchies scolaires, accompagner l’élève dans le difficile apprentissage de la vie en société, transmettre des valeurs au fondement du vivre-ensemble républicain.




François Dubet l’avait très judicieusement souligné en 2002 dans sa remarquable étude Le déclin de l’institution parue aux éditions du Seuil : « bien que l’école ait gardé le monopole de la culture académique, elle n’a plus le monopole de la culture ouverte, de celle qui permet de voir plus loin que son monde domestique, et bien des adolescents sentent qu’ils peuvent grandir sans l’école avec la culture de masse ». De l’absence de goût pour la lecture des collégiens au constat amer des enseignants détournés de leur travail pédagogique par la nécessité épuisante de rasseoir chaque jour leur autorité, le sanctuaire scolaire paraît n’être plus arpenté que par les tout derniers gardiens du temple. Dans les quartiers sensibles où se conjuguent plus qu’ailleurs chômage, petite délinquance, insécurité, phénomènes de groupe, absence de mixité, handicap scolaire, sentiment d’exclusion, tentations extrémistes et rêves de promotion sociale inaccessible, le temps passé dans l’enceinte d’un collège constitue encore pour quelques jeunes une période de calme relatif au milieu d’adultes s’inquiétant de leur sort : « Au fond, les professeurs, notamment ceux des collèges et des classes faibles, réalisent une activité de contrôle et de socialisation encore proche de celle des instituteurs, mais ils ont l’impression qu’elle les détourne de leur véritable activité, celle de la conversion intellectuelle des élèves ».


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Dans le cadre d’un programme ministériel de parrainage de collèges “ambition réussite” par des écrivains, Danièle Sallenave a accompagné l’an passé deux classes de troisième du collège de la Marquisanne à Toulon. Gallimard publie son journal de bord, « Nous, on n’aime pas lire », dans lequel elle dresse un état des lieux pertinent, sans concession, mais au final très convenu sur la question de la place du livre et de la lecture dans le quotidien des jeunes. Farouche opposante, aux côtés de Régis Debray et de Jacqueline de Romilly du projet de réforme initié en son temps par Claude Allègre, elle s’était élevée contre les méthodes d’argumentation en vogue dans l’enseignement et dans les manuels scolaires visant moins à développer le sens critique et la réflexion de l’élève qu’à promouvoir son opinion et ses tendances narcissiques. Son très court séjour d’immersion au cœur d’un collège pilote relativement favorisé en termes de moyens a confirmé toutes ses craintes : « je suis écrasée par l’accumulation des preuves d’une sollicitude, d’une attention constante, totale, à ces enfants dits “défavorisés”. Ecrasée, oui je maintiens le mot : écrasée par le contraste entre les efforts déployés et leurs résultats ».


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Aux élèves doutant de l’utilité de la lecture, du respect des règles d’orthographe, d’un rapport « bien constitué avec les mots », elle tient des propos se voulant rassurants : « mieux vaut lire un seul livre qui vous transforme que d’en lire cent qui ne vous font ni chaud ni froid » ; « Lire devrait être (…) une expérience de la vie, la connaissance ou l’anticipation, à travers des situations fictives, de ce que c’est que vivre, c’est-à-dire se réjouir et avoir peur, aimer, désirer ». Face à des enseignants parfois désabusés de devoir mettre en place d’épuisantes stratégies pour déjouer la défiance des jeunes et à des bibliothécaires ne voyant pas âme qui vive de la journée dans des locaux flambant neufs, elle répond par une énième volée de bois vert contre les « balivernes constructivistes » empêchant le lecteur en herbe de voyager dans les textes et d’en percevoir la richesse. Difficile de lui donner tort mais n’était-il pas légitime d’attendre de sa part autre chose que certains poncifs mille fois rebattus ?


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Un hiatus apparaît ainsi à l’instant même où elle présente à son jeune auditoire le programme de leurs trois séances en commun : alors que l’on aurait pu s’attendre, eu égard à la virulence de ses critiques contre les artifices pédagogiques imposés par le système éducatif, à ce qu’elle mette les élèves en contact avec un texte éminemment littéraire (histoire de marquer le coup) susceptible d’être apprécié par eux, elle leur soumet sa propre pièce de théâtre, non publiée, écrite dans les années quatre-vingts, très datée de son propre aveu mais mettant en scène des adolescents du même âge. Les élèves avaient pour mission d’en réécrire les dialogues avec leurs mots et s'en sont acquittés sans difficulté. Pas sûr toutefois que l’exercice n’ait pas nourri chez eux une forme d’autosatisfaction à bon compte et les ait amenés à « se dégager plus aisément d’une oralité qui laisse la langue (et l’esprit) dans une fluidité et une incertitude déconcertantes ».


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Si Danièle Sallenave réclame sans grande originalité plus de professeurs, de meilleurs salaires, des formations mieux adaptées, « beaucoup de temps avec des livres », elle en appelle aussi dans le même élan à davantage de « liberté pédagogique », à la restauration du rapport triangulaire maître/élève/savoir et à la découverte des…grands textes qui « sont une méditation sur l’existence, la finitude, les conflits, l’expérience intérieure, le tragique de toute vie ». De l’art du grand écart entre la théorie et la pratique…

 


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Danièle Sallenave, « Nous, on n’aime pas lire », Gallimard.

François Dubet, Le déclin de l’institution, Seuil.


Parution L'Hebdoscope, 11/03/09.

dimanche 22 février 2009

Et si le livre devenait (enfin) un objet à la mode?





Barack Obama tout sourire, un livre à la main, saluant une foule enamourée sous le crépitement des flashs…

Lors de ses fréquentes sorties publiques, la même scène insolite se répète, allègrement relayée et commentée par des médias peu habitués durant les années Bush, ce n’est rien de le dire, à devoir verser dans le registre culturel. Désireux d’inscrire son action sous les auspices prestigieux de grands auteurs et de personnages illustres de la vie politique américaine, Barack Obama cultive l’image d’un président profondément à l’écoute des difficultés quotidiennes de ses concitoyens, bien entouré par une pléiade de conseillers compétents, féru d’art et…lisant beaucoup. La Bible et Saint Augustin, les grands noms bien sûr de la lutte contre la ségrégation (Baldwin, Ellison, Wright), Toni Morrison et Doris Lessing (prix Nobel en 1993 et 2007), Shakespeare, Melville, Primo Levi, Steinbeck ou l’incontournable Hemingway (véritable porte-bonheur des candidats à la présidence) sont parmi ses auteurs de prédilection.


Mais ses lectures n’auraient probablement pas suscité autant d’intérêt s’il n’avait été photographié à plusieurs reprises ces dernières semaines avec Lincoln : the Biography of a Writer de Fred Kaplan ou l’essai de Fareed Zakaria, The Post-American World. Héritier spirituel de Mandela, de Gandhi, de Luther King et de Lincoln, Barack Obama imprime sa marque dans l’espace médiatique d’une manière qui détonne avec ses prédécesseurs, davantage portés au conservatisme, en plaçant résolument son début de mandat sous le signe du dialogue, de la curiosité intellectuelle, de l’ouverture d’esprit et de la modernité.

Quel homme politique dans notre pays s’est jamais fendu de ses dernières lectures pour signifier à ses concitoyens l’avancée de sa réflexion ? La posture de Barack Obama prend d’autant plus de relief dans un monde en crise que les options traditionnellement mises en avant pour en sortir laissent peu de place à la réflexion sur le sens de l’Histoire. Nicolas Sarkozy ne s’y est d’ailleurs pas trompé : plus occupé dans les premiers mois de sa présidence à faire supprimer des concours administratifs l’épreuve de culture générale en souvenir d’une “rencontre” douloureuse avec La Princesse de Clèves, il n’a eu de cesse devant le tollé provoqué de déclamer un amour passionné pour les romans (Dumas, Le Clézio et Gallo trôneraient, dit-on, sur sa table de chevet) après en avoir dit trop longtemps le plus grand mal.

Effet de mimétisme ou désir de redorer son image en faisant vibrer la corde culturelle, il y a tout lieu de s’amuser autant que de se réjouir du retour en grâce de l’objet dans le quotidien des puissants et par ricochet dans le nôtre. Se pourrait-il que le salut du livre vînt de là où on l’attendait le moins, du champ politique et des jet-setistes qui finiront bien par trouver très smart de s’afficher dans les soirées courues avec le dernier Assouline ou une vieille édition de La Cité de Dieu ? Dans nos sociétés tout entières tournées vers le divertissement, l’amusement à outrance, le dénigrement de la culture et la régression vers les territoires de l’enfance, prédire la bonne fortune du livre pourrait bien par certains côtés ne pas être totalement dénué de clairvoyance, ni être si subversif que cela. Relégué dans le milieu scolaire au rang d’objet incongru et source de contraintes par des élèves utilisant par commodité d’autres supports pour nourrir leur univers, connoté négativement par toute une partie de la population estimant à tort ou à raison son contenu inaccessible, les jours du livre papier paraîtraient comptés s’il ne bénéficiait pas rapidement d’un véritable “plan de relance”, pour adopter un vocabulaire très en vogue.

Avec Barack Obama comme porte-drapeau jouissant d’une aura au-delà des frontières, nul doute que les dîners en ville résonneront de commentaires sur ses lectures ! Pourquoi ne pas imaginer les montées de marche des festivals de cinéma, les campagnes promotionnelles des grandes marques et les “Unes” des magazines people se consteller du précieux ornement ?

Bien entendu, il faudra plus d’une mandature couronnée de succès du quarante-quatrième président des Etats-Unis, d’une vedette en vogue subitement éprise de lecture, d’une starlette du petit écran narrant ses dernières émotions livresques et plus d’une figure de proue littéraire pour assurer une énième jeunesse au Livre. Gageons toutefois que dans les mois à venir les publicitaires sauront surfer sur la vague venue d’outre-Atlantique et habilleront leurs cibles du nouvel accessoire de mode. Tablons que la tendance à peine amorcée nous amène un jour à nous moquer du manque d’inspiration des professionnels du livre pendant des années. Caressons le rêve que les possesseurs du précieux sésame prendront le temps d’en ouvrir un jour les pages et se laisseront porter vers d’autres horizons. Guettons l’apparition de l’objet dans les mains des mannequins, sur les plages-arrières des nouveaux carrosses ou aux côtés du dernier portable 3G. Et souvenons-nous que Marilyn Monroe, loin des clichés de la jolie blonde écervelée dans lesquels ses contemporains et la postérité ont eu trop tendance à l’enfermer, était une grande lectrice : Joyce, Fitzgerald, Kafka et Nabokov avaient ses faveurs. Rien de moins. Qui prendra la suite dans le paysage médiatique ?


jeudi 19 février 2009

Les mémoires d’un dilettante


Somme de souvenirs personnels et de partis pris mandarins, listes foutraques d’aphorismes et de bons mots, l’Encyclopédie capricieuse du tout et du rien appartient à la catégorie très smart des objets littéraires non identifiés qu’une postérité bienveillante s’empressera probablement, dans le doute, de ranger au rayon des incunables. Exécrant la médiocrité de ses contemporains au point de paraître par moments bien seul du haut de son perchoir, vomissant le petit peuple des ignares n’ayant jamais lu dans le texte les œuvres souveraines de Xénophon (Qui n’est pas une marque d’ampoule…NDLR) ou ne connaissant pas l’histoire de Romulus Augustule (Qui ?), caressant dans le sens du poil tous les matous de son espèce préférant les vacances hors saison à Venise ou New York  aux frais de la princesse, où tout n’est que luxe, calme et volupté, aux séjours en famille (les enfants, quelle horreur !) au milieu de la plèbe, Dantzig pousse l’excentricité jusqu’à sembler vouloir instruire le péquin moyen du sacro-saint bon goût en matière de savoir-vivre, de littérature, de manière de se tenir dans les dîners en ville, de voyage, de spectacles à voir et à ne pas voir, de télévision, de vie de famille…

Reconnaissons-le : l’homme est brillant, cultivé, amusant, moqueur, convaincant dans ses diatribes les plus virulentes. Il est aussi affreusement snob, prévisible dans ses choix, pédant, poseur et péremptoire. Les huit-cent pages de son encyclopédie (qui n’en est, bien entendu, pas une) ont l’impertinence et l’éclat d’une pierre précieuse trop mal taillée pour être sertie : des listes absconses à force d’érudition voisinent avec d’autres paraissant avoir été écrites à la va-vite sur un bout de nappe et d’autres encore, les plus remarquables, toutes de finesse, de sensibilité et de drôlerie. Ainsi s’amuse-t-il des « mères s’excusant de l’absence de leurs enfants, persuadées qu’ils passionnent l’univers », définit-il le grincheux comme « quelqu’un qui se crée volontairement des mauvais souvenirs » et assène-t-il un brin sentencieux « Aimez vos enfants, ça fera un peu moins de monstres. Pas trop, ça ferait des inaptes ». Certaines phrases, isolées, perdues au milieu de sentences, sonnent pourtant comme des aveux murmurés à demi-mot :

« Qui écrit une liste cherche à émouvoir, fait connu de qui la lit ».

Nous y voilà ! Décanté de ses outrances et de ses rodomontades, son texte, dans son dernier tiers, dévoile l’intimité d’un homme camouflant ses fragilités et ses doutes derrière des frénésies de lecture, de connaissances, d’écriture, de départs incessants vers les mêmes lieux rassurants (littéraires ou réels). D’une mémoire capricieuse ne retenant que ce qui fait le miel d’une vie, Dantzig a tiré une biographie à tiroirs dans laquelle il fait bon se perdre, à condition de faire une escale prolongée avec lui sur les terres hospitalières de l’amour et de l’imaginaire : « J’ai toujours accepté qu’on m’aime, mais en me fichant la paix. Quelle erreur. L’amour qui n’aime rien tant que déplacer les meubles s’échappe devant tant d’ennui. Il est moins difficile de savoir aimer que de savoir être aimé ». Ses enthousiasmes, ses ruminations nombrilistes, ses inimitiés journalistiques (savoureuses pages sur les critiques littéraires), ses attaques contre l’esprit de l’époque et ses tartufferies résonnent dès lors différemment. Dans le questionnaire de Proust, il répond à la question “Qui auriez-vous aimé être ?” par “Un impudique” qui en dit long sur un sens inavoué et peut-être involontaire de l’autodérision. S’il pérore sur « le métier de ma vie [qui] a consisté à chasser le passé. Je ne sais plus la date de mort de mes grands-parents, de mon père, de mon frère. Le célibataire se délie de la vie_ sang, transmission, lien. Il est retourné à la poussière avant la mort », il concède à maintes reprises son regret d’être le dernier d’une lignée familiale sur le point de s’éteindre. Comment savoir dès lors dans quelles phrases se dissimulent les vérités de cet homme de plume nous ayant ouvert les portes de sa demeure ?

Invitant en guise de fausse conclusion les lecteurs à qui il resterait encore un peu de souffle à constituer leurs propres listes, on ne peut s’empêcher de regretter que Charles Dantzig n’ait pas pensé à écrire la liste de ses meilleures blagues, histoire d’achever de nous convaincre d’être un homme de bonne volonté. Au risque évidemment de se voir gratifier d’obscures citations latines pas piquées des vers. Le snobisme a ses travers…

 

« Si les hommes étaient…

…consciencieux comme les Américains

…spontanés comme les Italiens

…abstraits comme les Français

…amicaux comme les Irlandais

…calmes comme les Canadiens

…réservés comme les Anglais

…détachés comme les Arabes

ils seraient parfaits ».

 

 « Le philosophe Chrysippe (IIIe s. av. J.-C.) serait mort de rire en voyant un âne manger des figues. L’humour des philosophes nous fait parfois douter de leur esprit ».

« J’ai assez tendance à penser que les autres ont raison, et j’ai parfois tort ».

 

Charles Dantzig, Encyclopédie capricieuse du tout et du rien, Grasset.

mercredi 4 février 2009

Sur la plage de Chesil


Chronique d'une désillusion annoncée...

Dans une station balnéaire sur la côte du Dorset, un jeune couple se déchire au cours d'une nuit de noces mettant au jour la nature véritable de leurs sentiments et les faux-semblants d'une société britannique sur le point de céder à la vogue du Swinging London et aux sirènes de la libération sexuelle. De facture très académique, d'une concision confinant parfois au dépouillement dans la description qu'il fait des à-côtés factuels de l'histoire, Ian McEwan confirme, si besoin en était, son art du portrait doux-amer de personnages emportés par les courants contraires d'un destin qui ne les ménage souvent que pour mieux signer leur défaite finale.

L'histoire de Florence et d'Edward possède en apparence tous les atours d'une comédie romantique à l'intrigue cousue de fil blanc : rencontre improbable entre deux êtres aux passions conciliables_ elle, violoniste de talent, caresse l'idée de jouer un jour Mozart avec son Quatuor Ennismore au prestigieux Wigmore Hall, lui, se pique de devenir un biographe de renom _, cristallisation amoureuse, idéalisation de l'Autre et projet de vie en commun. Un vent mauvais souffle pourtant dès les premières pages sur des prémices aussi favorables : aveuglés par tant de bonnes grâces, les deux jeunes gens ne prennent pas le temps de s'ouvrir l'un à l'autre, de s'interroger pour comprendre leurs silences, les esquives et les non-dits de leurs conversations.

Les émotions affleurent lors de promenades idylliques dans la campagne anglaise pour aussitôt battre en retraite, les sentiments se déclament pour obtenir des faveurs et des préliminaires qui ne feront qu'attiser de nouvelles frustrations. Leur incuriosité, le respect des convenances, l'impatience de leur jeunesse les amènent à faire des choix ne tardant pas à s'apparenter à des renoncements.

McEwan ne ménage pas ses personnages et ne nous cache rien d'un quotidien terne à force « d'ennui et de désirs mêlés », de compromis s'apparentant à des déroutes, d'interrogations éperdues sur les désirs de l'autre ou des entorses consenties aux belles résolutions conclues dans les rares moments d'abandon. « La société n'évolue jamais partout au même rythme » souligne-t-il, comme pour excuser leur chemin d'errance dans les faux plis de l'amour.

L'auteur de Samedi, d'Expiation et d'Amsterdam (romans tous parus chez Gallimard) les accompagne du regard, sans les juger ni leur faire endosser tout le poids de leur méprise. « [Edward] découvrait qu'être amoureux n'avait rien d'un état constant, qu'on était sans cesse à la merci d'élans, de vagues comme celle qui l'assaillait à présent ». Murés dans leurs angoisses de ne pas être à la hauteur de l'événement, l'esprit accaparé par des pensées funestes et peu flatteuses (« Comment avouer ce léger soulagement à l'idée qu'elle n'était pas seule, que lui aussi avait un problème? »), Florence et Edward n'en sauront probablement pas plus sur l'amour après le fiasco de cette première et dernière nuit ensemble. Mais le récit de leur capitulation poursuivra ses lecteurs comme une mélodie entêtante sortie du propre violon de Florence. La marque d'un grand livre.

 

Ian McEwan, Sur la plage de Chesil, Gallimard.

jeudi 29 janvier 2009

Manuel de survie en eaux troubles


A la libération des camps de concentration et d’extermination, nombre de survivants en avaient fait la douloureuse expérience : le récit de leur captivité, des atrocités commises et des violences endurées suscitait bien souvent chez leurs interlocuteurs davantage de gêne et d’incrédulité que de compassion et d’empathie. Primo Levi l’avait décrit mieux que personne : « C’est une jouissance intense, physique, inexprimable que d’être chez moi, entouré des personnes amies, et d’avoir tant de choses à raconter : mais c’est peine perdue, je m’aperçois que mes auditeurs ne me suivent pas. Ils sont complètement indifférents : ils parlent confusément d’autre chose entre eux, comme si je n’étais pas là » (Si c’est un homme). Difficulté de trouver les mots pour décrire l’impensable, de trouver dans le regard de l’autre l’“ami” communiant dans le désespoir. Ecueils du temps et de la labilité des témoignages, imprécision des souvenirs. « Se souvenir est un acte éthique, qui possède une valeur éthique en soi et par soi. (…) Faire la paix, c’est oublier. Pour que la réconciliation ait lieu, il est nécessaire que la mémoire soit défectueuse et limitée » (Susan Sontag, Devant la douleur des autres).

Le désir opiniâtre de se confier, de partager son expérience en rendant hommage à des parents disparus et à toutes les victimes, de pointer l’ignominie et les bassesses de l’être humain sont venus à bout de l’oubli volontaire et des réticences à soulever le couvercle des mauvais souvenirs. Alliant souvent talent, justesse de ton, sensibilité et retenue, romanciers, poètes et dramaturges, témoins directs ou auriculaires, ont bravé la loi du silence et écrit au fil des soixante dernières années, de concert avec historiens et essayistes, quelques-unes des plus belles pages de la littérature. Désormais devenu un genre en soi, plus de rentrée sans que les éditeurs n’annoncent à grand renfort de superlatifs la sortie prochaine de classiques avant l’heure de la littérature de la Shoah, d’ouvrages posthumes miraculeusement retrouvés ou d’études de cas déjà incontournables. Et force est de le reconnaître, certains livres tiennent leurs promesses (Les disparus de Daniel Mendelsohn, Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay en particulier) et justifient pleinement l’agitation produite autour de leur sortie, comme si le terreau romanesque fourni par la période, son lot de drames, de trahisons, de retrouvailles et de tristesse incontinente était inépuisable.

Le livre d’Hanna Krall est-il de ceux-là ? Proche de Kieslowski, chantre du reportage littéraire, elle n’était qu’une enfant à l’époque des faits relatés dans Le roi de cœur publié aux Editions Gallimard. Son roman, construit autour de brefs plans-séquences s’inspirant de faits réels, dépeint l’enfer vécu par une femme juive, Izolda, échappée du ghetto de Varsovie après la déportation de son mari à Auschwitz. Eperdument amoureuse, raccrochant sa propre survie à la sienne et aux prédictions favorables d’une cartomancienne de ses amies, elle se met en tête de lui faire parvenir un colis de vivres une fois par mois comme les règles du camp le lui autorisent. Le récit, poignant mais volontiers décousu, alterne allusions aux riches heures du passé et évocations quasi documentaires de la vie quotidienne, descriptions sans fioriture des mauvaises rencontres et parenthèses de calme apparent. Séjours dans des camps de travail, interrogatoires, évasions, voyages en train à travers la Pologne, fausses identités mais aussi rafles, viols, mensonges, humiliations, compromissions, système D, lâcheté, décès des proches, repli dans les croyances superstitieuses.

Hanna Krall ne fait l’économie d’aucune péripétie plausible au risque de faire d’Izolda une héroïne improbable et de son destin une exception fictionnelle confirmant la règle. D’autant qu’une question sous-jacente traverse le texte sans jamais être formulée : le roi de cœur, s’il survit, sera-t-il à la hauteur de l’attente, de l’obsession et des sacrifices de son épouse? La fin, bâclée, rendue prévisible à force de rebondissements et d’invraisemblances, laisse une impression étrange : Izolda, en quête d’une “plume” pour rapporter son histoire, croise les pas d’une femme écrivain polonaise. La rencontre se solde par une fin de non-recevoir : « le livre qui en découle ne satisfait pas ses attentes. Il n’y a pas assez de sentiment. Pas assez d’amour, de solitude et de larmes. Et pas assez de cœur non plus. Ni de mots. Bref, tout y manque. Tout ».

Que pense Izolda R. du livre d’Hanna Krall ?

 

Hanna Krall, Le roi de cœur, Gallimard.

Tatiana de Rosnay, Elle s’appelait Sarah, Héloïse d’Ormesson (chronique à venir).